La presse en parle

LA GAZELLE, le journal du Théâtre Dunois / n°27 / oct – déc 2013

DANS LES BOIS BLEUS DʼEPINETTES…

La chanteuse Chantal Lavallée arpente lʼécrin de sa mémoire et nous conte lʼhistoire mi-réelle, mi-rêvée de la petite canadienne élevée dans un village perdu de lʼOntario. La musique et les mots ressuscitent les vibrations de cette enfance lumineuse. Entretien.

Lʼévocation de votre enfance est heureuse, comme si vous étiez décidée à puiser là des énergies essentiellement positives…

Lʼidée de raconter mon enfance nʼest pas venue de moi, mais de Gilles Avisse, programmateur des  Refrains des gamins au FestiʼVal de Marne. Jʼai spontanément rebondi, et une fois lancée dans lʼécriture, jʼai senti que ce double voyage dans le temps et lʼespace coulait de source. Cette échappée nʼétait pas sans lien avec lʼhistoire du Petit Rocher, mon deuxième spectacle tout public : le récit d’un petit rocher de Bretagne qui rêve de traverser lʼocéan pour partir à la rencontre du Rocher Percé, situé justement en Gaspésie, au Canada. Il y avait sans doute déjà là comme un appel auquel je réponds aujourdʼhui, et qui me procure une profonde joie.

La période que jʼai choisie dʼévoquer couvre les années où jʼai emménagé avec ma famille dans un petit village de lʼOntario, à Ramore. Jʼavais 4 ans et jʼy ai vécu jusquʼà lʼâge de 10 ans. Le spectacle suit la chronologie de ces années, mais je mêle les évènements réels et imaginaires. Ce que je retrouve, ce sont des anecdotes mais aussi les émotions, et les rêves de la petite fille que je fus. Pour moi, cʼest  une source dʼénergie pure. Je me défie toujours de la mièvrerie quand je mʼadresse aux enfants. Mais quand on vit loin de chez soi, on est animé par un sentiment de profonde bienveillance pour ce que lʼon a vécu enfant. Cela agit en vous comme une force nécessaire que jʼai aujourdʼhui envie de partager.

Je raconte au début du spectacle lʼhistoire de mon «arrière- arrière-très arrière grand-père» qui, venu de France, a débarqué en juin 1647 dans la ville de Québec. Il sʼappelait Louis Guimond, dit « wid mud » qui veut dire «bois protecteur ». Petite fille, jʼai grandi avec la conviction dʼêtre protégée par le bois… Jʼaime lʼidée que devenu adulte nous pouvons continuer à veiller sur lʼenfant que nous avons été parce quʼil continue de vivre en nous et de nous inspirer.

Dans cette évocation de votre enfance, la nature est omniprésente. Elle devient comme un acteur à part entière…

Quand on habite un petit village en Ontario (le mien ne dépassait pas les 300 habitants) la nature appartient au quotidien. Les forêts occupent la moitié de la superficie du pays. On vit au rythme des saisons, avec la proximité des bois, des lacs, des aurores boréales… Et cela alimente les rêves. La petite fille sait parler aux arbres, aux écureuils, aux castors ; elle dialogue avec les étoiles quʼelle rêve dʼavaler comme des flocons quand il neige. Les sentiers de sapins, les bois bleus dʼépinettes finissent par devenir une sorte de paysage intérieur. Au Canada, il faut vivre avec le grand froid, mais cʼest une habitude. A lʼécole, même par moins dix degrés, à lʼheure de la récréation, tout le monde sʼhabille et sort jouer dehors. Il arrive aussi que lʼon se perde dans la campagne à cause dʼune tempête de neige… Tout cela alimente une relation très féérique au réel. La petite fille est, de ce fait, très à lʼécoute. Elle regarde, elle observe tout ce qui lʼenvironne, le paysage, les animaux, les gens, et cette contemplation est profondément active. Là où elle vit, elle apprend à voir, et dans le même élan à écouter ses propres émotions. Même quand elle est immobile, elle est en mouvement, à lʼimage de sa maison, qui bouge au début du conte, à cause des trains qui passent…

Vous évoquez les « voix plurielles de lʼenfance ». Quʼentendez-vous par là?

Jʼai souvent remarqué que lorsque les gens évoquent leur enfance leur voix se transforme. Le timbre, les intonations changent, lʼemploi du vocabulaire aussi. Il me semble que notre voix se nourrit alors dʼautres vibrations. Dans le spectacle, cʼest ce que je veux donner à entendre. Jʼincarne au début une narratrice qui va retrouver sa voix dʼenfant et partir à la rencontre de tous les personnages qui ont peuplé cette enfance : les amis réels, mais aussi les personnages de légende, comme le «bonhomme de 7 heures» qui rappelle aux enfants quʼil est lʼheure dʼaller au lit. Je fais entendre toutes ces voix, qui parfois se superposent et se mêlent. Je savoure particulièrement le fait de pouvoir utiliser lʼaccent québécois et de jouer avec la langue sans me censurer. Au Québec, la langue est un paysage en soi. Francophones et anglophones se côtoient et lʼusage du français reflète la langue telle quʼon la parlait au XVIIe siècle. Le fait dʼêtre environné dʼanglo-saxons nous a toujours poussé à préserver cet usage. Nous évitons de mêler les mots anglais au français. Par contre, le fait de vivre dans un pays où lʼon côtoie des familles originaires de France mais aussi dʼIrlande, dʼEcosse mʼa toujours fait rêver. Cʼétait déjà une ouverture sur le monde et cela a certainement stimulé mon désir de traverser lʼAtlantique…

Il y a le son des mots, et la voix de la musique…

Beurre de pinottes nʼest pas conçu comme un simple tour de chant. Le défi était vraiment de recréer tout un univers et, Stéphane Leach, un compositeur qui travaille beaucoup pour le théâtre, a lʼart de créer de véritables espaces avec sa musique. Ses chansons font merveilleusement vivre ces «voix plurielles» de lʼenfance dont je parlais tout à lʼheure. Certaines évoquent la musique de cabaret de Kurt Weil, dʼautres ont des résonances presque classiques. Il a même créé des chansons qui mʼont évoqué les mélodies de Gilles Vigneault, un très grand chanteur québécois, alors que je ne lui en avais jamais parlé. Stéphane a mêlé des styles très variés ce qui donne une grande intensité au texte. Il a inventé ce voyage avec moi. Nous devons également beaucoup au metteur en scène, Nicolas Struve. Ce dernier a le recul qui me manque pour faire surgir ce qui existe au-delà de lʼécriture, ce qui sourd entre les lignes. Il mʼaide à trouver le ton juste, entre la nostalgie de lʼenfance et la part de comédie. Lui-même est dʼorigine russe, et très passionné par tout ce qui touche aux émotions de lʼenfance. Notre désir est de rendre chaque moment présent, et de donner ainsi envie aux enfants de nous suivre…

propos recueillis par Céline Viel

 

TÉLÉRAMA – SORTIR octobre 2013

Des cageots de pommes autour d’un piano, des objets çà et là sur scène et une jeune femme qui chante son histoire familiale, l’installation de son aïeul en Nouvelle-France, son enfance en Ontario, au Canada, sa langue imagée où se combinent français et anglais, comme une « boîte à lunch »… Chantal Lavallée évoque ses souvenirs, éveillés par un mot, une odeur, un paysage… Il y a de la tendresse et de l’humour dans son récit, et des expressions aussi fleuries que des patronymes québécois. Ce tour en chansons au pays des érables et du beurre de cacahuètes a du charme et les accents du cœur.

Françoise Sabatier-Morel

 

Ecoute ! Il y a un éléphant dans le jardin        Avec Véronique Soule (Radio Aligre)                Ecouter :  http://aligrefm.org/lecteur1351.html

Beurre de pinottes, c’est le titre du spectacle musical de Chantal Lavallée, son troisième spectacle pour les enfants, après Le petit rocher et Jazzy Joe et le petit gentil pois, actuellement à l’affiche du théâtre Dunois jusqu’à dimanche prochain. Avec Chantal Lavallée qui a écrit, qui chante, raconte, interprète et avec Stéphane Leach, qui a composé la musique et l’accompagne au piano sur scène, Beurre de pinottes emmène les spectateurs, petits et grands, de l’autre côté de l’Atlantique, chez nos cousins les Québécois, dans le pays où Chantal Lavallée a grandi. Les souvenirs de la très très petite fille – le déménagement dans la nouvelle maison qui tremble à cause du passage du train, la découverte des nouveaux voisins, le premier jour d’école et le bus scolaire, la chambre aux pommes, les premières lunettes, et bien sûr le froid, la neige, les virées en patin à glace ou les matchs de hockey – tous ces souvenirs, réels ou inventés, tissent un spectacle porté par le plaisir et l’émotion de les raconter aujourd’hui, et de faire découvrir des traditions certainement inconnues des petits Français : la boîte à lunch, le bonhomme sept heures, les locutions québécoises où l’anglais et le français s’entremêlent. Glissant du récit à la chanson, comme dans une comédie musicale,Chantal Lavallée raconte la petite fille qui grandit au fil des saisons, observe les voisins autour d’elle. Aux spectateurs, elle fait respirer la neige, le vent et l’odeur des pommes, ressentir les sensations qui habitaient la petite fille, goûter la saveur des mots québécois et de leur accent, découvrir les particularités culturelles d’un pays. Dans ses chansons comme dans son récit, la langue est belle, ciselée, poétique, drôle, des chansons superbement mises en musique par Stéphane Leach. Ses compositions musicales, pour les chansons comme pour l’accompagnement au piano sur scène, à la fois simples et très élaborées dans ses harmonies, jouent avec beaucoup de finesse entre classique et modernité, avec même, parfois, de brèves allusions aux comédies musicales américaines ou aux chansons de Gilles Vigneault. Quant à la mise en scène de Nicolas Struve, sobre mais très inventive, elle assure une belle présence à Chantal Lavallée comme à Stéphane Leach, dans une scénographie qui évolue au fil du spectacle. Dans la salle, les enfants savourent ! Soigné dans les moindres détails, Beurre de pinottes, produit par Gaby théâtre, est un spectacle musical qui enchante. A l’affiche du théâtre Dunois, dans le 13e arrondissement depuis une semaine, on peut l’y voir encore cette semaine-ci, aujourd’hui, samedi et dimanche. Un vrai plaisir !

 

LA SCÈNE Hiver 2013

Dans le bois tout est silence… lorsque Chantal Lavallée entre dans la ronde des petites lumières qui se rallument sur ses souvenirs.  Ceux-ci nous ramènent à Ramore, Ontario, Canada, village d’enfance de la comédienne-chanteuse qui fait tourbillonner en mots, en images et en jeux, différents épisodes réels ou imaginaires liés à sa petite enfance : la maison qui bouge, la première rentrée à l’école, la chambre des pommes… Autant de situations et de personages incarnés avec jubilation et tendresse par la jeune femme, également auteur du texte et délicatement accompagnée par le pianiste Stéphane Leach qui a composé la dizaine de magnifiques chansons qui ponctuent cet émouvant et chaleureux spectacle mis en scène par Nicolas Struve.  Au point que les yeux et les oreilles des  enfants y restent scotchés, comme par grand froid les langues des petits garnements sur les poteaux.

Gilles Avisse


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